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Théâtre

Allo Shakespeare... ou le bruit d'un secret si bien gardé !

"Beaucoup de bruit pour rien" de Shakespeare par 26000 Couverts, Théâtre Le Monfort, Paris

Dans le cadre de Paris quartier d’été, le Théâtre Monfort a présenté "Beaucoup de bruit pour rien" de William Shakespeare, interprété par la Cie 26000 Couverts. Le spectacle sera à nouveau en tournée à partir de septembre. Nous avons essayé de joindre (désespérément) le metteur en scène, Philippe Péhenn, ou n’importe qui de la troupe qui aurait accepté de répondre à nos questions. Voici, retranscrite au mot près, notre conversation téléphonique…



© Abdoul Aziz Soumaïla pour 26000 couverts.
© Abdoul Aziz Soumaïla pour 26000 couverts.
- Allo ? Allo ? Mais qui est à l’appareil ?
- Wm. Shakespeare speaking.
- Si c’est une plaisanterie, c’est presque drôle ! Non, sérieusement, qui est là ?
- I told you, this is Shakespeaaaare !
- Bon, si vous voulez. Mais je voudrais parler à Philippe Péhenn, le metteur en scène de Beaucoup de bruit pour rien, s’il vous plait.
- Ici, there’s’ only me, William.
- Vous avez certes un fort joli accent British, mais voyons William, vous êtes mort il y a près de 500 ans… Passez-moi le responsable du Théâtre Monfort.
- Je vous dis qu’il n’y a que "me", William Shakespeare.
- Bon, alors allons-y William ; dans ce cas, j’aurais quelques questions à vous poser sur la représentation d’hier… Cela ne vous dérange pas de voir votre pièce Beaucoup de bruit pour rien interprétée de cette façon par la Compagnie 26000 Couverts ?
- Je ne comprends pas votre "queshtion"… Ils m’ont, as you could say, ressuscité.
- Mais ils sont pourtant loin de respecter votre texte à la lettre.
- Vous trouvez ? Pourtant l’esprit y est, c’est le plus important, non ? La lettre et l’esprit de la lettre, these are the mamelles de ce spectacle ! Alive !
- Oui, ça pour être vivant, pas de doute ! Mais cette version est étonnante, voire décapante… non ?
- Cela change de toutes ces interprétations ronflantes et so sages que l’on voit d’habitude. At least, ils poussent les murs, déplacent la scène et bougent les habitudes du spectateur. All the world is a stage, ne l’oubliez pas !
- Un peu saltimbanque tout cela, et légèrement bringuebalant.
- Mais l’improvisation est la base du théâtre. La rue, son âme.
- Oui, enfin, on n’a pas inventé les salles de théâtre pour rien. Vous promettiez de la vidéo…
- De la what ? Je ne connais pas le sens de ce mot, sorry.
- Bon, eh bien, as you like it ! Mais il y a quand même du détournement et de la prise d’otages.
- Non, les spectateurs sont libres de partir s’ils veulent… But, vous avez vu, le plus étonnant est qu’ils restent jusqu’au bout, n’est-il pas ?
- Enfin, on ne comprend rien à votre truc. Entre l’un qui braille, l’autre qui gémit, celle qui ne comprend rien et l’intello qui interrompt à tout va… Sans compter les spectateurs qui s’en mêlent.
- Indeed ! C’est une histoire racontée par un imbécile, pleine de fracas et de fureur, mais elle a un sens !
- Ah ! "Beaucoup de bruit pour rien", voulez-vous dire ?
- La vie n’est rien d’autre qu’une ombre qui marche ; un pauvre acteur qui se trémousse et passe son heure sur la scène…
- Voilà qu’il me cite Macbeth à présent…
- Et qui ne se fait plus entendre par la suite… 
- Mais n’avez-vous pas peur que le spectateur finisse justement par connaître tous leurs trucs et leurs tricks ?
- Et bien, c’est pour cela que la troupe a préféré ne pas répondre à vos "queshtions"
- Que vous voulez dire ?
- Que parfois il vaut mieux se taire…
Sheila Louinet

Six ans que le secret est bien gardé et que tous, autant que nous sommes, nous le gardons jalousement tant la surprise concoctée par 26000 couverts est réjouissante et merveilleusement bien réalisée. Troisième spectacle de la compagnie de Dijon, "Beaucoup de bruit pour rien" est une production réjouissante et réellement bluffante.
À suivre...
Gil Chauveau

"Beaucoup de bruit pour rien"

© Virginia Castro pour 26000 couverts.
© Virginia Castro pour 26000 couverts.
(Vu le 20 et le 28 juillet 2011)

Texte : William Shakespeare.
Mise en scène : Philippe Péhenn.
Dramaturgie, adaptation : Judith Feyrner.
Mètre-concept : Jacques Livchine.
Scénographie : Anthony Benjram.
Avec : Karine Abela, Christophe Arnulf, Romain Belanger, Sébastien Chabane, Servane Deschamp, Sarah Douhaire, Pierre Dumur, Olivier Dureuil, Anne-Gaëlle Jourdain, Florence Nicolle, Philippe Nicolle, Emmanuelle Veïn, Valérie Veril, Jacques Ville.
Matière sonore : Erich Mayer.
Chorégraphie : Liliane Boucon.
Direction technique et construction : Alexandre Diaz, Michel Mugnier.
Costumes : Camille Perreau.
Perruques et postiches : Milo Bodtszaris.

A été joué du 19 juillet au 6 août 2011.
Théâtre Le Monfort, Paris
Réservations : 01 56 08 33 88
www.lemonfort.fr
www.26000couverts.org

Dates 2011
24 septembre : Oloron
25 septembre : Louhossoa
30 septembre : Vienne (Isère).
1er octobre : Riom (63).
Dates 2012
11 au 15 juin : Grand Théâtre, Nantes (44).
22 et 23 juin : Toulon (Var).

Sheila Louinet et Gil Chauveau
Vendredi 5 Août 2011


1.Posté par pierre le 21/06/2012 00:24
Le spectacle présenté ne correspond pas du tout à l'œuvre de SHAKESPEARE, mais à un spectacle de rue improvisé par la troupe !
Nous nous sommes retrouvé à les regarder improviser un spectacle à l'arrière du théâtre de Toulon (Dans une coure, certains assis par terre, d'autre debout).
Les membre de la troupe ont un talent certain, mais il me semble honteux de faire croire aux spectateurs qu'ils viennent voir un SHAKESPEARE ... Ils auraient pu laisser le nom du spectacle en blanc plutôt que d'attirer du monde comme ça!

2.Posté par Stéphane le 07/10/2012 10:02
Même punition, sous la pluie à Antony un soir d’automne. Il y a clairement tromperie sur la marchandise et un manque total de respect pour le public ! Manque de respect assumé jusqu’en dans l’affiche et le programme. Des escrocs.

3.Posté par Clémence le 30/09/2014 13:56
Je suis heureuse de lire que quelques-uns (seulement quelques-uns , c'est effrayant quant à la qualité du public) pensent comme moi que cette supercherie n'a absolument rien de drôle, est mortelle d'ennui, ne comporte aucune audace contrairement à certains commentaires lus et qu'il est proprement honteux de vendre ce ramassis de clichés de théâtre de rue totalement dépassé sous l'autorité de Shakespeare. Aucun spectacle ne m'avait encore mise autant en colère. Car en plus j'ai payé ma place ! J'ai vu des spectacles d'amateurs bien plus professionnels que cette compagnie qui ferait mieux de pointer au chômage.

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© DR.
C'est l'injustice sociale que les auteurs et la metteure en scène Maïa Sandoz veulent mettre au premier plan des thèmes abordés. Notre époque, qui veut que les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus pauvres, sert de caisse de résonance extrêmement puissante à cette intention. Rien n'étonne, en fait, lorsque la mère de Robin et de sa sœur, Christabelle, est jetée en prison pour avoir volé un peu de nourriture dans un supermarché pour nourrir ses enfants suite à la perte de son emploi et la disparition du père. Une histoire presque banale dans notre monde, mais un acte que le bon sens répugne à condamner, tandis que les lois économiques et politiques condamnent sans aucune conscience.

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